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Le 21/02/2010 à 09:50 | Mis à jour le 21/02/2010 à 10:37

JO - Experts

De bons soldats

Sans le soutien de l'Armée de Terre, le ski français ne serait sans doute pas ce qu'il est aujourd'hui.
Vincent Vittoz et Sandrine Bailly, dans leur tenue militaire.(EQ)
Vincent Vittoz et Sandrine Bailly, dans leur tenue militaire.(EQ)

Même s'il n'est pas certain que leurs lits sont faits au carré, plusieurs membres de l'équipe de France présents aux Jeux olympiques doivent beaucoup à l'Armée. Avec 21 représentants (le caporal Jean-Baptiste Grange aurait dû s'ajouter à la liste), l'Armée de Terre et son Ecole Militaire de Haute Montagne basée à Chamonix, constitue en effet 24% de la délégation tricolore présente à Vancouver (les Douanes comptent 19 représentants dont le nouveau champion olympique du combiné, Jason Lamy-Chappuis).
Depuis des années, le soutien de l'Armée de Terre qui offre un revenu et une courverture sociale à ses athlètes sous contrat, ne consiste pas simplement à coller un autocollant sur la combinaison (interdit d'ailleurs pendant cette quinzaine olympique). Quand il est arrivé à la tête de cette équipe de France militaire de ski, le Commandant Christian Persicot, présent sur les différents circuits tout au long de l'hiver, a tenu à insuffler un esprit et une identité propre à ses troupes. « C'est cette proximité qui fait que cette équipe vit », explique-t-il.

« Le but de cette équipe est d'abord d'aider le ski français à gagner, poursuit le commandant. Au niveau individuel, c'est aussi une famille où le sportif peut trouver un support psychologique, matériel et préparer l'avenir avec une porte de sortie vers une reconversion professionnelle. Nous avons réellement la volonté de leur offrir une seconde carrière. Il y a ensuite bien évidemment une opération de communication. En externe, cela donne une belle image avec des athlètes qui nous représentent et qui gagnent. C'est aussi flatteur pour la France. Il y a également de grosses répercussions en interne. Quand Renault gagne en Formule 1, le mécanicien qui bosse dans une usine Renault est fier. Eh bien c'est la même chose pour nous. Nous recevons un nombre incalculable de messages de militaires qui nous félicitent. C'est aussi notre rôle. » Quelques minutes seulement après son titre olympique en biathlon, au moment des remerciements, le caporal Vincent Jay n'a d'ailleurs pas oublié de saluer tous les soldats actuellement en opération. A parcourir quelques forums, le message fut largement apprécié par les troupes. Même si la vie de ces militaires n'a bien évidemment rien à voir avec celle de leurs collègues dans une caserne ou en opération, l'aspect militaire n'est pas non plus complètement écarté. « Leur mission c'est le ski, explique Persicot. Mais nous devons trouver un équilibre entre le sport et l'aspect militaire. »

Pas toujours les rois du « demi-tour, droite »

Le 14 juillet 2007, une soixantaine de sportifs militaires avaient ainsi pour la première fois été conviés au traditionnel défilé sur les Champs-Elysées, sous l'étendard du Centre National des Sportifs de la Défense (CNSD), héritier du Bataillon de Joinville (remplacé en 2002). Une première depuis 1971. Parfois réticents à l'idée de venir une semaine à Paris pour répéter puis défiler, ils étaient pourtant tous repartis heureux d'avoir vécu un moment rare derrière le sergent Florence Baverel et le sergent Raphaël Poirée, nommés garde au drapeau (notre photo). « Pour ceux qui n'avaient jamais entendu parler du ''demi-tour droite'', le matin, au réveil, c'était pas triste, racontait Vittoz. Mais tout le monde s'y est mis. » « Nous savions aussi que nous n'avions pas trop le droit à l'erreur, confiait la biathlète Sandrine Bailly. C'était comme une compétition, nous étions là pour réussir. » Ou quand les qualités du sportif viennent au service du militaire.

Une opération supplémentaire aussi pour souder le groupe et faire en sorte que les représentants des différentes disciplines apprennent à se connaître. Une cohésion forcément positive le jour des compétitions. Même objectif avec les stages organisés chaque année. Avant les Jeux de Turin, les skieurs de l'Armée de Terre avaient ainsi passé dix jours à Givet, dans les Ardennes, pour un stage commando (avec tout de même quelques ajustements histoire de ne pas risquer d'accidents). « Ce fut un grand moment, se souvient Persicot. Certaines filles pleuraient, les gars les aidaient. Il y avait une belle solidarité. »

Le sport militaire acteur majeur du sport français

L'histoire de cette équipe de France militaire de ski n'a pas toujours été aussi rose. Notamment en février 2005 quand Vincent Vittoz subit un contrôle positif à un diurétique. Pendant les jours qui suivirent et en attendant la contre-expertise qui allait finalement innocenter le fondeur tricolore, l'Armée a pourtant soutenu sans réserve son sergent-chef au coeur de la tempête. Un soutien capital dans ces instants difficiles. « Ce fut une période très dfifficile, se souvient Persicot, surnommé Chico. Là, tu prends la mesure de tes responsabilités. Ce sont des moments forts où il n'y a plus grand-monde et où tu as des choix à faire. Mais dans notre esprit, il était clair que tant que Vincent n'était pas officiellement coupable, il était innocent et que nous devions le soutenir. » Trois semaines plus tard, Vittoz devenait le premier et toujours le seul Français champion du monde de ski de fond lors de la poursuite des Mondiaux d'Oberstdorf.

L'Armée de Terre, présente également dans le triathlon et l'équitation, n'est pas la seule à s'impliquer. L'Armée de l'Air oeuvre dans le parachutisme, la Marine dans la voile et la Gendarmerie dans le tir. De nombreux autres athlètes d'autres disciplines sont également sous contrat comme par exemple Alain Bernard avec la Gendarmerie. Placé sous l'autorité du général Jacques Renaud, successeur du général Jean-Paul Michel qui fit énormément pour la mise place de toutes ces structures, le sport militaire est devenu un acteur majeur du sport français. L'Armée est devenue une affaire de professionnels. Ses équipes de France militaires, et en particulier celle de ski présente à Vancouver, en sont de beaux exemples. Repos ! Rompez les rangs !

Pascal GREGOIRE-BOUTREAU

Retrouvez tous les jours une chronique consacrée à l'actualité olympique

Les 21 militaires de l'équipe de France

Ski alpin
Ingrid Jacquemod, David Poisson, Olivia Bertrand, Steve Missilier, Adrien Théaux, Tessa Worley.

Ski de fond
Vincent Vittoz, Emmanuel Jonnier, Karine Philippot, Emilie Vina, Roddy Darragon, Robin Duvillard, Cyril Miranda.

Biathlon
Sandrine Bailly, Vincent Defrasne, Simon Fourcade, Julie Carraz, Vincent Jay, Martin Fourcade.

Saut
David Lazzaroni

Combiné
François Braud

L'EXPERT

Pascal Grégoire-Boutreau

Pascal Grégoire-Boutreau est grand reporter à L'Equipe depuis 1998. Triathlète et pratiquant de trails, raids, etc, il a couvert depuis dix ans de très nombreux sports.
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